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De Beyrouth à Toulouse : Daniel, boursier d’excellence

Publié le

10 Fév 2026

Daniel ZAYAT a fait le choix de quitter ses repères au Liban, pour poursuivre une formation d’ingénieur d’excellence à Toulouse. Grâce à la bourse d’excellence de la Fondation ISAE-SUÄPERO, ce choix a été rendu possible. Entre engagement académique, découverte culturelle et construction personnelle, il vous raconte ces années qui ont marqué un tournant décisif dans sa vie.

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Quelles étaient vos motivations lors de votre arrivée en France ?

Ayant vécu la grande majorité de ma vie au Liban, mon pays natal auquel je reste profondément attaché, venir étudier en France représentait pour moi un tournant décisif. C’était la première fois que je quittais ma famille, mon environnement quotidien et l’ensemble de mes repères pour m’installer seul à l’étranger. Rejoindre une grande école comme l’ISAE-SUPAERO, reconnue parmi les institutions les plus prestigieuses au monde dans les domaines de l’aéronautique et de l’aérospatial, constituait un objectif ambitieux, presque intimidant, mais à la hauteur des aspirations que je nourrissais depuis plusieurs années. À travers ce départ, j’emportais avec moi un mélange d’excitation, de fierté, de responsabilité et d’appréhension, conscient que cette étape allait profondément transformer mon avenir.

Une de mes motivations les plus intimes était de rendre ma famille fière. Après la perte de mon père en 2022, cette ambition a pris une dimension nouvelle. Il a toujours été ma première source de motivation, celui qui croyait profondément en mes capacités et qui m’encourageait constamment à viser plus haut. Son absence rendait ce départ en France particulièrement chargé d’émotion : je ressentais le besoin de poursuivre le chemin qu’il avait imaginé pour moi, et de lui prouver, symboliquement, que tout ce qu’il m’avait transmis continuait à guider mes choix. Quitter ma mère et la laisser seule au Liban a été l’une des décisions les plus douloureuses de ma vie, mais cette difficulté a renforcé ma détermination. Je me devais de réussir, de justifier ce sacrifice, de faire en sorte que cette aventure loin de ma famille ait un véritable sens.

Sur le plan académique, après un cursus en génie chimique et pétrochimique à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, je ressentais profondément le besoin d’élargir mon horizon scientifique. Intégrer l’ISAE-SUPAERO dans le cadre d’un double diplôme répondait parfaitement à cet objectif. Je savais que cette école me donnerait accès à une formation d’ingénieur exigeante, pluridisciplinaire, centrée sur des problématiques complexes liées à l’aéronautique, au spatial et aux systèmes énergétiques. Cette transition représentait pour moi l’opportunité idéale de renforcer mes compétences, de diversifier mes connaissances, et de me projeter vers des domaines d’innovation qui façonnent le futur technologique, en France, en Europe et au-delà. Dès le départ, je percevais cette formation comme une chance unique de sortir de ma spécialisation initiale tout en la consolidant, et surtout de rejoindre une communauté scientifique stimulante, riche et exigeante.

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LE témoignage de Daniel ZAYAT

Ingénieur Généraliste

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En parallèle de mon parcours en double diplôme, mon séjour à l’ISAE-SUPAERO m’a également permis de suivre le Master 2 DET (Dynamique des Fluides, Énergétique et Transferts), un diplôme national de master spécialisé en mécanique des fluides et énergétique. Cette formation, dispensée sous la forme de cours supplémentaires chaque jeudi après-midi et répartie entre l’INP-ENSEEIHT et l’ISAE-SUPAERO, a constitué une opportunité académique particulièrement enrichissante. Elle m’a permis non seulement d’approfondir mes connaissances théoriques et de consolider mes bases en mécanique des fluides, en thermique et en énergétique, mais aussi de découvrir une approche plus orientée recherche, exigeante et complémentaire à celle du cursus ingénieur. Participer à ce master m’a également offert la chance de travailler aux côtés d’étudiants issus d’autres grandes écoles toulousaines, tel que l’INP-ENSEEIHT, Paul Sabatier ou encore l’INSA, ouvrant ainsi mon horizon académique et me familiarisant avec des méthodes de travail variées. 

Même si cet engagement supplémentaire représentait un défi en termes d’organisation, notamment pour concilier deux cursus exigeants et préserver un équilibre personnel, il a constitué pour moi une expérience particulièrement formatrice. Le M2 DET m’a apporté une vision plus complète de mon domaine, un renforcement significatif de mon profil scientifique, ainsi qu’une réelle valeur ajoutée pour la suite de mon parcours professionnel.

Mais mes motivations dépassaient largement le cadre académique. M’installer à Toulouse signifiait aussi découvrir une nouvelle culture, vivre seul pour la première fois, me confronter à une société nouvelle, et apprendre à naviguer dans un environnement cosmopolite. Je voulais développer mon autonomie, mon sens des responsabilités et ma maturité personnelle. Je souhaitais également m’ouvrir au monde, échanger avec des étudiants venus de toutes parts, comprendre leurs visions, leurs parcours et leurs cultures. Cette immersion internationale représentait pour moi l’un des aspects les plus enrichissants d’une mobilité académique.

« Dès mon arrivée à l’ISAE-SUPAERO, j’ai compris que mon séjour dépasserait mes attentes. »

Comment s’est déroulé votre séjour…

…Sur le plan académique ?

Sur le plan académique, j’ai été confronté à un rythme intense, exigeant, mais extrêmement formateur. Les cours, les projets d’équipe, les séminaires et les travaux pratiques m’ont permis d’acquérir des compétences techniques solides, notamment dans des domaines que je n’avais jamais explorés auparavant. J’ai découvert l’aérodynamique, la mécanique des fluides avancée, la simulation numérique, les enjeux énergétiques et environnementaux liés aux systèmes aéronautiques et propulsifs. Cette immersion m’a permis de bâtir un socle scientifique robuste, polyvalent, et en parfaite cohérence avec mes ambitions professionnelles.

…Sur le plan humain et culturel ?

Sur le plan humain et culturel, mon séjour a été d’une richesse exceptionnelle. J’ai rencontré des étudiants de nombreux pays, porteurs de cultures, de langues et de perspectives très variées. Malgré les différences interculturelles, j’ai rapidement constaté que la vie étudiante à l’ISAE-SUPAERO créait un terrain de rencontre privilégié : échanges académiques, projets collaboratifs, activités associatives et événements multiculturels nous ont permis de tisser des liens forts. Cette diversité m’a appris à dépasser les barrières culturelles, à travailler en équipe dans des contextes variés, et à développer une capacité d’adaptation essentielle dans un environnement internationalisé.

…Sur le plan associatif ?

Mon engagement dans la vie associative de l’école a également joué un rôle majeur. En tant que vice-président du Club Liban, j’ai eu l’occasion de promouvoir ma culture tout en contribuant à la dynamisation de la vie étudiante. J’ai coordonné l’organisation d’événements, de rencontres et d’activités visant à faire découvrir la culture libanaise à l’ensemble des étudiants. J’ai également participé à la création de plusieurs Foyers Libanais, qui ont rassemblé des étudiants internationaux autour de moments conviviaux. Ces responsabilités m’ont permis de développer mes compétences en leadership, en gestion d’équipe et en organisation, tout en renforçant mon sentiment d’appartenance et en créant des passerelles culturelles au sein du campus.

…A Toulouse ?

Vivre à Toulouse a été une expérience profondément marquante, bien au-delà de l’aspect académique. J’ai découvert une ville chaleureuse, à taille humaine, dotée d’une atmosphère accueillante. Le charme des quais de la Garonne, la sérénité du Canal du Midi et l’architecture singulière de la Ville Rose ont rythmé mon quotidien et m’ont offert des moments de pause au milieu de la charge de travail. À l’ISAE-SUPAERO, la vie sur le campus était dynamique et enrichissante : entre les associations, les événements étudiants, les soirées au foyer et les rencontres multiculturelles, j’ai vraiment eu l’impression d’appartenir à une communauté soudée. Cette atmosphère, à la fois studieuse et conviviale, m’a aidé à m’épanouir, à sortir de ma zone de confort, et à vivre pleinement cette expérience loin de mon pays natal.

…En France ?

En dehors de Toulouse, mon séjour en France m’a permis d’explorer le pays et de découvrir une richesse culturelle et historique que je n’avais jusque-là connue qu’à travers des livres. Lors de mes temps libres, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs villes qui ont profondément marqué mon séjour. Carcassonne, avec ses remparts majestueux, m’a transporté dans un autre siècle. Albi, la ville natale de Toulouse-Lautrec, m’a impressionné par son architecture unique et sa cathédrale imposante. Rocamadour, accrochée à une falaise, demeure l’un des lieux les plus saisissants que j’ai visités. J’ai également passé du temps dans plusieurs grandes villes françaises comme Paris, Rouen, Lille ou encore Reims, chacune révélant un visage différent de la culture française : l’effervescence artistique de Paris, l’âme médiévale de Rouen, la chaleur humaine du Nord à Lille, ou le prestige historique de Reims. Ces voyages ont élargi ma compréhension des identités régionales françaises et ont ajouté une dimension personnelle et culturelle essentielle à mon séjour académique.

…Et sur le plan personnel ?

Vivre seul pour la première fois m’a également permis de développer une autonomie que je n’avais jamais expérimentée auparavant. Gérer mes études, mes projets, mes responsabilités personnelles et mon équilibre au quotidien m’a appris à être organisé, indépendant et résilient. Ce séjour m’a donné la maturité nécessaire pour affronter des situations nouvelles et prendre des décisions en toute confiance, des qualités qui joueront un rôle central dans la suite de ma carrière.

Quelle a été la valeur ajoutée de ce séjour pour votre carrière ?

La valeur ajoutée de ce séjour pour mon parcours professionnel est immense. En intégrant une grande école comme l’ISAE-SUPAERO, j’ai eu accès à un environnement tourné vers l’innovation, ainsi qu’à un réseau d’acteurs industriels de premier plan. Ce passage m’a permis d’établir des contacts précieux dans des entreprises comme Safran ou Airbus, notamment lors de projets académiques ou d’échanges professionnels. J’ai pu participer à un projet d’étude en troisième année avec Airbus Helicopters, une expérience qui m’a offert une immersion concrète dans une problématique industrielle réelle et complexe. J’ai également eu l’opportunité de réaliser mon stage de fin d’études au sein d’EDF, ce qui constitue un atout majeur pour mon entrée dans le monde professionnel. Ce stage m’a permis de mettre en pratique mes compétences en simulation numérique, en thermique et en dynamique des fluides, et de mieux comprendre les enjeux énergétiques actuels.

De manière plus générale, l’ISAE-SUPAERO m’a donné les bases techniques, méthodologiques et relationnelles nécessaires pour débuter une carrière dans des secteurs exigeants. Ce séjour a élargi mon horizon professionnel, renforcé ma confiance en moi, et clarifié mes ambitions. Aujourd’hui, au moment où je rédige ce rapport, je suis encore en recherche d’emploi, mais avec plusieurs pistes très prometteuses, notamment grâce aux compétences, aux projets et aux contacts développés durant ces deux années.

Pour la suite de mon parcours, je souhaite intégrer une entreprise où je pourrai mettre à profit mes compétences en modélisation, en simulation et en mécanique des fluides, tout en évoluant dans un environnement international stimulant. Mon objectif est de contribuer à des projets à fort impact scientifique et technique, tout en poursuivant l’idéal d’excellence que ma famille m’a transmise et que l’ISAE-SUPAERO a contribué à renforcer.

Cependant, bien que cette expérience ait été extrêmement enrichissante, elle n’a pas été dépourvue de défis. Les premiers mois ont été particulièrement éprouvants : s’adapter à un nouveau système éducatif, plus exigeant et plus autonome, a demandé un effort constant. Les démarches administratives françaises, parfois complexes pour un étudiant étranger, ainsi que la distance avec ma famille, ont également représenté des obstacles. Il y a eu des périodes de stress intense, de doutes et même d’épuisement, où je me suis interrogé sur ma capacité à tenir le rythme. Mais ces défis ont joué un rôle essentiel dans mon évolution personnelle : chaque difficulté surmontée m’a poussé à mieux m’organiser, à devenir plus résilient et à renforcer ma confiance en moi. Avec le recul, je comprends à quel point ces épreuves ont contribué à ma croissance.

Au-delà des apprentissages académiques et des découvertes culturelles, ce séjour m’a également permis de mieux me comprendre moi-même. J’ai appris à identifier mes forces : ma capacité à persévérer, à m’adapter rapidement à un nouvel environnement, à travailler efficacement sous pression, mais aussi mes limites, notamment la tendance à vouloir tout réussir parfaitement, au risque parfois de m’épuiser. Cette prise de recul sur ma propre façon de fonctionner a été un élément essentiel de ma progression. En vivant seul loin de mes repères, j’ai appris à hiérarchiser mes priorités, à équilibrer travail et vie personnelle, et à accepter que la réussite passe aussi par la gestion de l’effort et du temps. Cette maturité nouvelle constitue l’un des apports les plus précieux de mon expérience, car elle influencera durablement ma manière d’aborder les défis professionnels et personnels dans les années à venir.

Aujourd’hui, je réalise que mon séjour en France a été bien plus qu’une simple étape académique : il a transformé ma manière de me percevoir et de concevoir mon avenir. Entre les défis rencontrés, les rencontres humaines, les découvertes culturelles et les accomplissements personnels, j’ai construit une identité plus mature, plus indépendante et plus ancrée dans mes ambitions. Cette expérience m’a appris la valeur de la persévérance et du travail, mais aussi l’importance de rester fidèle aux principes qui m’ont guidé depuis le début, notamment le désir de rendre ma famille fière. Je me sens désormais plus confiant, plus ouvert sur le monde, et plus prêt que jamais à contribuer, à mon échelle, à des projets ambitieux dans les domaines qui me passionnent. Ce séjour a été un point de bascule dans ma vie, une transition entre qui j’étais en quittant le Liban et la personne que je suis devenu en construisant mon avenir en France.

Qu’est-ce que le soutien de la Fondation a permis concrètement ?

Pour moi, le soutien de la Fondation ISAE-SUPAERO a été absolument essentiel. Sans la bourse qui m’a été accordée en février 2023, mes ambitions seraient restées de simples rêves et mon aventure aurait pris fin avant même de commencer. Issu d’une famille aux moyens financiers modestes, et venant d’un pays touché par une crise économique profonde, j’aurais eu beaucoup de difficultés à financer mes frais de scolarité et, encore plus, à subvenir à mes dépenses quotidiennes.

La Fondation a couvert l’intégralité de mes frais de scolarité à l’ISAE-SUPAERO. En complément, j’ai bénéficié d’un versement mensuel de 540 € pendant 20 mois, ainsi que d’un premier versement exceptionnel de 1 800 €. La Fondation a également accepté d’avancer ce premier versement d’octobre à septembre, ce qui a grandement facilité mon installation lors de mon arrivée en France.

Ces montants m’ont permis de couvrir l’ensemble de mes dépenses mensuelles, notamment :

  • Le logement,
  • Les frais de subsistance,
  • Les transports en commun,
  • Les frais de téléphonie.

En revanche, ce soutien financier ne me permettait pas, à lui seul, de financer des voyages au Liban, où un aller-retour coûte en moyenne 600 €. Toutefois, à partir de mon premier stage de deuxième année, rémunéré environ 630 € par mois, j’ai pu combiner cette rémunération avec la bourse et ainsi rendre visite à ma famille à deux reprises : une fois pendant l’été et une fois pour Noël.

Par contre, sur le plan local, la bourse m’a permis de découvrir une grande partie de la région Occitanie, ainsi que plusieurs grandes villes françaises, ce qui a beaucoup enrichi mon expérience personnelle et culturelle.

Avez-vous bénéficié d’autres soutiens financiers ?

Oui. En venant dans le cadre d’un double diplôme, je devais continuer à payer les frais de scolarité de mon établissement d’origine. Pour cela, j’ai pu bénéficier du soutien financier de la Fondation LIFE Lebanon, ainsi que du service social de l’Université Saint-Joseph, qui m’a accordé un prêt et une bourse. Ces aides m’ont permis de couvrir entièrement mes frais au Liban.

En revanche, pour ma vie en France, la Fondation ISAE-SUPAERO a été mon seul soutien, et celui-ci a été entièrement suffisant. Il a constitué la grande majorité des ressources financières nécessaires à mon séjour. En pourcentage, j’estime qu’il représentait environ 90 %, le reste correspondant principalement aux rémunérations de mes stages et à un soutien familial occasionnel.

Ainsi, cette bourse a été absolument déterminante. Sans elle, je n’aurais pas pu venir, malgré ma volonté profonde de saisir cette opportunité académique. Je suis extrêmement reconnaissant pour ce soutien. J’espère qu’un jour, lorsque ma situation financière me le permettra, je pourrai à mon tour redonner à la Fondation, ne serait-ce qu’une fraction de ce qu’elle m’a offert, afin de donner à un autre jeune comme moi la chance de poursuivre ses rêves et de s’épanouir en les réalisant.

Un mot pour nos donateurs ?

« Je souhaite vous remercier, du fond du coeur, pour votre soutien constant et pour l’accueil chaleureux que vous réservez à chaque rencontre et à chaque cérémonie de la Fondation. Vous continuez à offrir de l’espoir à de nombreux jeunes, qu’ils soient étrangers ou non, en leur donnant la possibilité de poursuivre leurs rêves. J’espère que nos chemins continueront de se croiser dans le futur et que je pourrai, au fil de ma carrière, soutenir à mon tour la Fondation et contribuer à son action. »

Je veux soutenir des projets professionnels comme celui de Daniel