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un projet de micro-dons pour venir en aide aux sans-abris

Publié le

4 Sep 2020

C’est lors d’un PIR – Projet Innovation Recherche – réalisé en deuxième année que le projet d’aider directement les sans-abris en leur versant une aide financière a germé. Aujourd’hui Tirelires d’Avenir permet de financer des allocations à destination de jeunes en situation de rupture familiale à la rue.

Co-créé par Benoit Floquet, alors étudiant en cursus ingénieur à l’ISAE-SUPAERO, Tirelires d’Avenir a reçu une bourse entrepreneuriat de la Fondation en 2019.

EN QUOI CONSISTE LE PROJET TIRELIRES D’AVENIR ET COMMENT EST-IL NÉ ?

Tirelires d’Avenir est un projet de micro-dons afin de financer des allocations à destination de jeunes en situation de rupture familiale à la rue. Cela doit permettre de sécuriser leur avenir conjointement associé à un accompagnement psycho-social proposé par nos associations partenaires.

L’histoire a commencé avec le « Projet Innovation Recherche » (PIR), mené lors de ma deuxième année à l’ISAE-SUPAERO. Le but était d’aider directement les sans-abris en leur versant une aide financière. Durant mon stage de fin d’année à Polytechnique, j’ai décidé de relancer ce projet, mis en pause le temps de mon année d’étude. Lors d’un programme d’accompagnement chez Makesense, j’ai rencontré Louis qui est devenu mon partenaire par la suite. Son projet concernait les micro-dons dans les restaurants afin de financer des associations. 

Le projet Tirelires d’Avenir est donc né en juillet 2019 après avoir rencontré mon associé Louis. Nous avons effectué une exploration de terrain profonde entre juillet et novembre 2019. En décembre nous avons entamé la structuration juridique de notre projet, en janvier/février nous avons officialisé nos premiers partenariats et en mars nous avons démarré notre activité malgré le début du confinement.
Finalement, nous nous sommes retrouvés autour d’une cause commune : la mobilisation et l’engagement citoyen pour traiter le sans-abrisme. C’est pourquoi, nous sommes allés directement sur le terrain durant quelques mois à la rencontre des personnes de la rue, des associations, des collectivités et des citoyens. 

COMMENT S’EST CONSTRUITE VOTRE RÉFLEXION ? 

Nous avons fait une découverte majeure, sur les 150.000 sans domiciles fixes en France, 40% d’entre eux ont eu un parcours dans la Protection de l’Enfance. Or, lorsque ces jeunes deviennent majeurs, ils ne peuvent plus en bénéficier. Il n’y a alors plus d’accompagnement mené par l’Etat ni de véritables aides financières. Ces personnes sont donc confrontées à une situation de grande fragilité entre 18 et 25 ans, âge à partir duquel il est possible d’obtenir le RSA. 

Dès lors, notre objectif a été, non pas de traiter les symptômes du sans-abrisme, mais de s’attaquer aux racines du problème. Nous avons fait le choix de trouver un moyen de financement innovant afin de ne pas dépendre de subventions ni même du système défiscalisation. Ainsi, le système de micro-dons a été sélectionné avec des restaurants partenaires. Le système fonctionne lors du paiement de la note, à ce moment les clients ont le choix de faire un don de quelques centimes pour notre association. 

Par la suite, une rencontre déterminante a eu lieu avec LE REFUGE. C’est une association venant en aide aux jeunes LGBT de 18 à 25 ans en leur proposant des solutions d’hébergement. Louis et moi-même, avons rencontré leurs jeunes et leurs travailleurs sociaux. Nous avons travaillé ensemble pour valider notre projet d’aide financière pour soutenir ces jeunes de 18 à 25 ans.

Le partenariat avec Le REFUGE a été officialisé lors de notre rencontre avec Nicolas NOGUIER, fondateur de l’association. Très favorable et impliqué dans notre projet, nous travaillons ensemble à la mise en place des processus de sélection et de suivi des jeunes avec les travailleurs sociaux de l’association. En parallèle, Louis et moi-même nous occupons de récolter les fonds nécessaires pour financer les allocations tandis que le Refuge gère le travail de l’accompagnement psycho-social de nos bénéficiaires. Cette allocation a pour objectif de sortir les jeunes de situation d’urgence, en leur assurant une sécurité financière pour les aider à se concentrer sur leur projet de vie. 

EN PLUS DE NOTRE PROJET, MON PARTENAIRE ET MOI-MÊME AVONS SUIVI DES PROGRAMMES D’ACCOMPAGNEMENT POUR L’ENTREPRENEURIAT SOCIAL AFIN DE BÉNÉFICIER DE COACHING ET DE MISE EN SITUATION AVEC DES PROFESSIONNELS. AINSI, NOUS FAISONS PARTIS À LA FOIS DE LA PROMOTION LIVE FOR GOOD ET DE LA COMMUNAUTÉ MAKESENSE, TOUT EN ÉTANT INCUBÉS CHEZ ARES, ENTREPRISE SOCIALE DE RÉINSERTION PROFESSIONNELLE.

Au niveau des restaurants, le démarchage a commencé en septembre. Nous nous sommes rapprochés du groupe Big Mamma qui a mis en place un système de micro-dons dans un de leurs restaurants. Ces échanges ont permis de valider la faisabilité de notre projet dans le contexte spécifique de la restauration. Plus tard, en décembre, le premier partenaire restaurateur Imago a été trouvé. Ce restaurant a accepté de rejoindre notre projet et d’en être le laboratoire. Cela permettra de tester plusieurs aspects de notre solution et de faire quelques ajustements ensuite.

Nous avons également rencontré le CEO de Tiller System, une start-up qui a mis en place un système de caisse tactile combiné à une gestion comptable dans le monde de la restauration. Il a été séduit par notre projet et a décidé d’apporter son aide à la mise en place du micro-don dans les nombreux restaurants utilisant sa solution technologique. Il souhaite notamment commencer par Imago notre partenaire.

Parallèlement à nos avancées sur les modalités de la distribution de l’allocation et de la collecte en restaurant, plusieurs rencontres ont eu lieu, apportant de la crédibilité à notre projet. Nous avons obtenu, par exemple, le soutien de Elina Dumont et Lyes Louffok, deux militants reconnus et médiatisés dans la protection de l’enfance.

A partir du mois de janvier le projet a commencé à véritablement prendre vie. Grâce au soutien de la Fondation ISAE-SUPAERO nous avons pu financer la création de nos statuts juridiques avec le cabinet FINACOOP spécialisé dans l’accompagnement juridique de structures de l’ESS. Nous avons également lancé la création de notre charte graphique ce qui nous as permis de lancer la communication sur nos réseaux (Facebook, LinkedIn, Instagram) ainsi que sur notre site internet.

Une fois la structure déclarée en préfecture, nous avons pu signer le partenariat avec la Fondation LE REFUGE ce qui nous a  permis d’avoir un acteur associatif de renom à nos côtés et ainsi de gagner en crédibilité. Dans la foulée nous avons signé une deuxième convention de partenariat avec un acteur majeur de la protection de l’Enfance qui est la fondation LES APPRENTIS D’AUTEUIL.

UN NOUVEAU TYPE DE PARTENARIAT PENDANT LE CONFINEMENT

Fort de ces nombreuses bonnes nouvelles, nous avons abordé le mois de mars avec plein de confiance. Et l’épidémie du Covid est arrivée… C’est simple, le confinement est tombé la semaine où nous devions à la fois lancer la collecte dans notre premier restaurant et organiser le premier comité de sélection pour déterminer quels jeunes du REFUGE nous allions aider financièrement. Nous avions réfléchi pendant plusieurs semaines avec le restaurant IMAGO pour intégrer notre communication dans leur restaurant… Nous avions également mobilisé plusieurs experts du monde social pour participer à notre comité… Tout ça est tombé à l’eau en une semaine…

Suite à ce gros coup d’arrêt dans le lancement de notre activité, nous avons pris quelques jours pour repenser le projet le temps du confinement. Tout d’abord nous avons fait un état des lieux des besoins des jeunes du REFUGE. Ils étaient tous logés, nourris grâce à l’aide de la Banque Alimentaire et surtout il n’avait aucune dépense à financer étant donné que tous leurs projets étaient à l’arrêt. Nous n’étions donc pas dans l’urgence de financer ces jeunes ce qui nous a donné d’autant plus de moyens pour réfléchir à une alternative pour la collecte. En effet, avec les restaurants fermés, nous n’avions tout simplement plus de partenaires à aller démarcher. Nous avons hésité à nous tourner vers des cagnottes en ligne pendant un court moment mais devant la multiplication de ces dernières pour venir en aide aux personnels soignants, nous avons pensé qu’il valait mieux ne pas entrer en compétition avec l’effort sanitaire. Surtout nous voulions rester sur un système de collecte proche de ce que nous voulons mettre en place avec les restaurants. C’est pourquoi nous avons décidé de démarcher des commerces alimentaires qui sont restés ouverts pendant le confinement.

Dès Avril nous avons réussi à mettre en place un premier partenariat avec le magasin paysan LES SAISONNIERS. Ce magasin vend des produits issus d’une agriculture locale et paysanne. Nous avons fait ce choix d’abord car nous connaissons la fondatrice et ensuite car ce type de commerce revêt un intérêt. En effet, les personnes qui viennent faire leurs courses dans ce type de magasin sont déjà sensibilisées à l’importance de consommer de manière responsable et nous avons donc estimé que les clients seraient plus intéressés par notre projet.  Cette hypothèse s’est révélée vérifiée puisque dès le premier mois de collecte et malgré des supports de communication confectionnés avec les moyens du bord (les imprimeries étaient toutes fermées pendant le confinement) nous avons réussi à collecter plus de 350 micro-dons ! De plus nous avons pris le temps d’échanger avec quelques-uns des clients et nous avons senti un véritable intérêt par rapport au projet de Tirelires d’Avenir. La plupart d’entre eux n’étaient pas au courant de la problématique et ils ont été touchés par les histoires des jeunes que nous accompagnons. Pour ceux d’entre eux qui connaissaient déjà la situation, ils ont apprécié le fait de pouvoir faire un geste envers ces jeunes de la plus simple des manières : en faisant ses courses !

 

Un premier bénéficiaire

Toujours pendant le mois d’Avril, nous sommes venus en aide à notre premier jeune bénéficiaire. Cela a été possible grâce au fond de réserve que nous avons constitué avec la bourse de la Fondation ISAE-SUPAERO. En effet au mois d’Avril nous commencions tout juste à collecter des micro-dons et sans cette bourse nous n’aurions pas pu répondre à cette demande urgente de la part des Apprentis d’Auteuil. Le jeune que nous avons aidé était dans une situation à haut risque. En plein confinement, Sacha, 22 ans, étudiant en Bac Pro Cuisine, est menacé d’être mis à la rue par son hébergeur s’il ne lui verse pas le loyer. En temps normal, il enchaîne les petits boulots le week-end pour payer ce loyer mais, avec le confinement, il n’a plus aucun revenu. Nous lui avons donc versé une aide de 200€/mois pendant les deux mois de confinement afin que Sacha paye son loyer et reste concentré sur son avenir.

A la fin du mois d’Avril, afin d’anticiper la sortie du confinement et l’urgence à laquelle les jeunes du Refuge allaient devoir faire face nous avons organisé notre premier comité de sélection par visioconférence. Nous avons réussi à réunir plusieurs expertes et experts du secteur du social. Nous avions notamment la directrice du dispositif La Touline qui accompagne des sortants de l’ASE entre leurs 18 et 25 ans, un travailleur social spécialisé dans la protection de l’Enfance, une personne passée par la DAS et qui est aujourd’hui conseillère aux affaires sociales pour le région Ile-de-France, une personne qui travaille dans une entreprise de réinsertion professionnelle et enfin un ancien jeune du REFUGE. Ce jury avait pour mission d’évaluer la situation des 4 jeunes à l’aide d’une grille et de critères que nous avions mis au point en amont. A l’issue de ce jury, nous avons décidé de venir en aide aux 4 jeunes tant leur situation nécessitent un soutien de notre part.
Nous avons versé les premières aides courant Mai. Nous avons par exemple soutenu deux jeunes qui avaient des frais médicaux importants à payer et qui n’étaient pas encore rattachés à une complémentaire santé. Le fait de se soigner leur a permis de se motiver pour la recherche d’emploi. La première a décroché un CDI et la deuxième est sur la voie de trouver un travail ! Nous avons également soutenu un jeune dans l’achat de son matériel professionnel ce qui lui a permis de démarrer son activité et ainsi de percevoir un revenu ! La dernière personne aidée était en attente de sa demande d’asile. Nous lui avons versé une aide pour qu’elle puisse subvenir à ses besoins dans l’attente de son statut de réfugié qui lui permet de travailler légalement. Nous avons reçu par la suite (courant Juin) la bonne nouvelle : son statut a été accepté !

 

Agir pour un monde meilleur

Voilà maintenant dix mois que je suis à temps plein sur le projet TIRELIRES D’AVENIR et je suis persuadé d’avoir vécu la meilleure année de ma vie. Durant ma scolarité à l’ISAE-SUPAERO j’ai commencé à être conscient des enjeux de notre société et c’est véritablement pendant ma césure que j’ai commencé à agir. J’ai organisé de nombreuses distributions alimentaires, j’ai aidé un Sans-Domicile-Fixe à sortir de la rue et j’ai monté une association qui vient lutter contre les causes du sans-abrisme. Je suis certain d’avoir trouvé ma voie, celle d’un entrepreneur engagé qui met ses compétences au service de la construction d’un monde meilleur. Je suis également touché par le fait d’avoir inspiré pas mal de gens autour de moi, que ce soit pour me donner un coup de main, me rejoindre dans mes différents projets ou bien pour solliciter mon expérience afin de les aider à monter leur propre projet.

J’ai rencontré énormément de personnes durant cette magnifique année, les rencontres qui m’auront le plus marqué sont celles avec les personnes de la rue. J’ai appris à quel point la résilience était présente chez eux et à quel point elle doit être présente chez moi. C’est pourquoi peu importe le sort réservé à tirelires d’avenir, je sais que je serai amené à monter d’autres projets à impact positif.