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3 mois au JPL pour Solène

Publié le

17 Avr 2024

Solène Gerier a effectué un stage de recherche durant sa deuxième année de doctorat en sciences de l’Univers à l’ISAE-SUPAERO : elle est partie pendant 3 mois au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA en Californie. La Fondation lui a accordé une bourse début 2023 pour faciliter son départ vers les États-Unis. Une expérience unique au sein d’un doctorat qui lui a permis de découvrir un nouvel angle d’étude sur son domaine de recherche ainsi que d’acquérir une expérience de recherche à l’international. Elle nous raconte son séjour !

En quoi consistent tes travaux de thèse ?

Mes travaux de thèse portent sur le développement de méthodes numériques pour caractériser l’atmosphère de la Terre à partir de mesures expérimentales par ondes infrasonores. Au sein du JPL, le sujet de stage portait plus spécifiquement sur l’étude des propriétés d’atténuation de l’atmosphère de Vénus. Cette thématique de recherche me permettait d’aborder une autre voie de recherche connexe à mes travaux, tout en fortifiant mes compétences en modélisations et simulations numériques. Le deuxième point de motivation était la découverte d’une nouvelle culture et d’un nouvel environnement de travail. En effet, le savoir-être et le savoir-faire des américains au travail sont très différents de celui des français et je souhaitais découvrir une nouvelle façon de travailler afin de parfaire mon expérience de doctorat. De plus, une expérience à l’internationale étant souvent conseillée pour faire une carrière dans la recherche en France, je souhaitais profiter de ce stage pour m’interroger sur les possibles choix de carrières qui pourront s’ouvrir à moi au cours de ma dernière année de doctorat (industrie ou recherche, domaine d’étude, type d’établissement, pays, …).

Parle nous un peu du stage en lui-même

Solène Gerier

Mon stage s’est déroulé au sein de l’équipe « Ionospheric and Atmospheric  Remote Sensing Group » (IARS) dont l’objectif consiste à approfondir notre compréhension de l’atmosphère et de l’ionosphère des planètes. En particulier, mon stage a été tourné sur l’un des projets de l’équipe qui porte sur l’exploration de Vénus.

Ce projet vise à développer des moyens de mesures pour étudier la sismicité de Vénus. Ces moyens de mesure sont des ballons stratosphériques (ballon déployable vers 60 km d’altitude) contenant plusieurs capteurs (pression, température, …). Les capteurs de pression permettent notamment de mesurer l’intensité d’ondes acoustiques, ondes provoquées par les vibrations de la surface de la planète suite à un séisme. Cependant, les capteurs présentent certaines dérives et incertitudes de mesure et de nombreuses études sont en cours pour les évaluer : déploiement des capteurs dans l’atmosphère terrestre, caractérisation du niveau de bruit des capteurs…

Pour ma part, j’ai travaillé sur une caractéristique extrinsèque au capteur : l’atténuation que subit une onde. Cela permet de s’assurer que l’intensité de l’onde acoustique soit supérieure au bruit du capteur.

Il est possible de caractériser l’atténuation en appliquant des modèles. A l’heure actuelle, les modèles d’atténuation existants sont peu adaptés au cas particulier de l’atmosphère de Vénus. En effet, les modèles ont été développés pour l’atmosphère de la Terre ou de Mars, qui sont moins dense et dont la température est moins élevée par rapport à celle de Vénus. L’objectif de mon stage consistait donc à améliorer les modèles d’atténuation des ondes existants au cas de Vénus.

Mon étude portait essentiellement sur l’atténuation des ondes au sein de l’atmosphère liée à un phénomène spécifique appelé « relaxation vibrationnelle ». Ce phénomène est lié à la vibration des molécules et à l’échange d’énergie lors de collisions entre deux molécules. Ce sujet m’a permis d’aborder de nombreuses notions en thermodynamique, domaine physique qui m’a particulièrement intéressé dans la mesure où je n’ai eu qu’une introduction à cette thématique au cours de ma première année d’école d’ingénieur. Ces travaux m’ont alors permis de prendre conscience de l’interdépendance des domaines physiques et des différents points de vue pouvant être adoptés afin de résoudre un problème.

Que t’a apporté ce stage de recherche ?

J’ai eu l’occasion d’améliorer mes « soft skills » au cours de ce stage : le fait d’évoluer au sein d’un environnement complètement anglophone m’a permis d’élever mon niveau anglais et surtout ma communication orale. J’ai également apprécié de sortir de ma « zone de confort » pour m’ouvrir à un nouvel environnement de travail et une nouvelle culture. J’ai notamment pu nouer de nombreuses connaissances et agrandir mon réseau professionnel.

Un point important à mentionner est que j’ai été confrontée à des difficultés techniques au cours de mon stage : la première étape consistait à reproduire un modèle actuel de propagation des ondes au sein de Vénus. Cependant, cette étape s’est avérée plus compliquée car la documentation existante sur le modèle n’était pas complète et plusieurs données et détails de calcul n’étaient pas explicités. Malgré l’aide d’un des auteurs de l’article scientifique sur lequel je me suis appuyé, nous n’avons pas été capables de reproduire les résultats du modèle dans un premier temps. J’ai trouvé ce défi particulièrement stimulant et instructeur. En effet, en l’absence de données expérimentales et sans l’accès au code initial, il a fallu mettre en place de nouvelles méthodes pour comprendre les étapes manquantes à la reproduction du modèle initial.

Enfin, bien que mon stage soit officiellement terminé, je continue à suivre l’avancement des travaux que j’aurais l’opportunité de présenter lors de la conférence American Geophysical Union (AGU) qui se déroulera aux États-Unis en décembre 2023.

Ce stage m’a également permis d’aborder les travaux de recherche de mon encadrant de stage, Mr. Siddharth Krishnamoorthy. J’ai notamment participé à des essais sur des ballons stratosphériques dont l’objectif consistait à vérifier le bon déroulement d’un lancement et d’un atterrissage d’un ballon. Cela m’a permis d’assister à ma première expérience sur le terrain et prendre conscience de la réalité opérationnelle qui est souvent oubliée lorsque l’on développe des modèles numériques.

Que retiens tu de ce séjour au JPL ?

Outre le travail de recherche spécifique au stage, j’ai pu fortifier ma culture scientifique en participant à de nombreux séminaires hebdomadaires proposés par le JPL et plus largement l’Université Caltech. Les séminaires sont extrêmement diversifiés avec un contenu accessible et organisés durant les pauses déjeuner afin de faciliter leur participation. Ce dernier aspect m’amène à introduire le caractère immense du JPL. En effet, ils sont rendus possibles du fait de la taille du laboratoire dans la mesure où plus de 6000 employés y travaillent sur des domaines d’ingénierie et de recherche diverses et variés. Le travail dans un tel environnement s’avère donc particulièrement enrichissant et stimulant.

Je tiens également à souligner que ce stage fut ma première expérience au sein d’une grande institution, semblable à une entreprise. J’ai ainsi pu évaluer les nombreux avantages mais également les inconvénients. L’un des avantages est d’évoluer au sein d’une grande communauté. Bien que le JPL soit structuré « en silo » (division en section, division et groupe), les échanges au sein du laboratoire sont simplifiés par l’utilisation de « Slack ». Cette plateforme permet de dialoguer sur les nouveautés, les séminaires, demander des conseils ou encore d’échanger sur des activités. A titre d’exemple, j’ai découvert un groupe de randonnée et de « dodgeball » au sein de l’institut et j’ai pu m’initier à ces disciplines sportives à plusieurs reprises. De plus, beaucoup d’efforts sont réalisés par le JPL afin que les employés (dont les stagiaires) évoluent dans un environnement de travail convivial. Outre les séminaires, le JPL organise plusieurs évènements sociaux (regroupement autour d’une glace par exemple) et un service est dédié afin que les stagiaires puissent organiser des activités et apprendre à se connaître (réunion de lancement, séminaires spécifiques aux stagiaires et visites des infrastructures telles que le centre des opérations de vol spatial).

Par ailleurs, j’ai découvert la relation que les américains entretiennent avec le travail. Etant titulaire d’un master en management, j’ai trouvé très intéressant d’observer la gestion du laboratoire. En particulier, j’ai pu assister au « town hall » annuel, évènement où la directrice du JPL présente le bilan de l’année ainsi que les objectifs pour les années à venir tout en rappelant les valeurs de JPL et en répondant aux différentes questions des employés. Cette présentation permet d’avoir un aperçu du mode de gestion employé à JPL.

Enfin, cette expérience m’a permis d’apporter certaines réponses concernant mon orientation et plus particulièrement pour mon attrait pour le domaine de la recherche où l’on est constamment en train d’apprendre, d’innover et d’apporter des réponses autour de collaborations. En revanche, bien que j’ai pu apprécier mon séjour aux États-Unis, je préférerais m’établir en France où je me sens d’avantage en accord avec les valeurs que celles portées par les américains de manière générale.

Et sur le plan personnel, que retiens tu de cette expérience ?

Outre le stage, cette expérience a été également un changement de mon cadre de vie. Tout d’abord, j’ai été pour la première fois dans une colocation qui s’est déroulée avec une américaine travaillant au sein du même laboratoire que celui de mon stage. La colocation s’est extrêmement bien déroulée et j’ai eu la chance d’être accompagnée par ma colocataire afin de m’acclimater à ce nouveau mode de vie. Je regrette néanmoins de ne pas avoir logé dans les résidentes étudiantes qui sont un excellent moyen de tisser des liens avec les autres stagiaires dont la grande majorité ont un parcours complètement différent du mien. J’ai tout de même réalisé de nombreuses activités avec les autres stagiaires comme des sorties culturelles, sportives ou encore des randonnées.

Cette expérience m’a permis de mieux me connaître. En effet, le fait de se retrouver « seule » dans un pays avec une culture différente de la nôtre permet de se recentrer sur soi. J’ai dû notamment faire preuve d’autonomie et d’indépendant afin d’organiser mes week-ends pour découvrir la ville et ses alentours. En particulier, Los Angeles est une ville très cosmopolite qui présente une forte culture latine avec beaucoup d’immigrés provenant d’Amérique Latine et surtout du Mexique. De ce fait, l’espagnol est très largement présent au sein de la ville, tout comme l’architecture et la nourriture d’Amérique Latine. A titre d’exemple, j’ai pour la première fois mangé des « vrais » tacos Mexicain qui n’ont rien à voir avec leur homologue Français. On retrouve également d’autres quartiers spécifiques comme le quartier Chinois, le quartier Japonais ou encore le quartier Coréen. Cette mixité met en avant également plusieurs types de personnalités au sein de la ville avec des styles vestimentaires, des styles de vie, bien particuliers. Un point important à mentionner est la tolérance dont font preuve les « Angelinos » qui permet une forte créativité. Los Angeles est également une ville très riche culturellement et artistiquement. J’ai pu visiter de nombreux musées et découvrir la ville, ses alentours et son histoire. Un autre évènement culturel marquant est la fête nationale du 4 juillet avec toutes les manifestations festives (rassemblement, feux d’artifice, …).

Mon expérience quotidienne m’a également permis de comparer les pratiques des États-Unis par rapport à la France vis-à-vis de l’écologie. L’empreinte écologique est très importante aux États-Unis, par exemple les voitures représentent le premier moyen de déplacements, la climatisation est utilisée de manière abusive et les déchets sont innombrables. Un autre point choquant est l’absence de couverts réutilisable à la cafétéria du JPL, où les assiettes et les verres sont en plastiques … Ces usages m’ont paru alarmants. Par ailleurs, bien que je sois allé dans un pays dit « développé », cette expérience m’a fait prendre du recul sur notre rôle dans la société et fait échos à ma formation d’ingénieur « humaniste ». Au sein de Los Angeles, j’ai pu voir un nombre conséquent de personnes sans-abri, des plaintes publiques au sein des transports en commun ainsi que de nombreuses personnes n’osant pas aller à l’hôpital par manque d’argent. Face à ces situations précaires est juxtaposée la richesse abondante avec des quartiers très élégants et souvent accompagnée de voitures de tailles démesurées pour la majorité des français. Beaucoup d’américains aisés semblent appliquer la politique de « l’autruche » en s’enfermant dans leur routine quotidienne.

Pour conclure ?

Ce séjour s’est avéré être une expérience humaine sans précédent, riche scientifiquement, techniquement et culturellement. Ayant eu l’occasion de voyager dans d’autres pays sur des plus courtes durées (1 mois en Irlande et en Inde, par exemple), je pense qu’une durée d’au minimum deux mois est nécessaire pour se fondre au sein d’une culture nouvelle et je reste très reconnaissante d’avoir eu cette opportunité de vivre une telle expérience au cours de ma deuxième année de doctorat.

Je tiens à remercier chaleureusement la Fondation et les donateurs pour leur confiance en mon projet. J’ai ainsi pu vivre une expérience enrichissante, transformatrice et que je n’oublierai jamais. Je trouve extraordinaire le rôle de la Fondation et des donateurs qui peuvent donner la chance d’une telle expérience à de nombreux projets et j’espère que ces actions continueront pendant longtemps pour les prochains étudiants.

Je veux soutenir des projets comme celui de Solène